Revue de presse : Le TNS au lycée

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A Strasbourg, au lycée, la violence monte sur scène

LE MONDE | 23.11.2015 à 14h33 | Par Brigitte Salino


(photo MU)

Acte de violence, ou accident ? Comment comprendre, réagir ? Entre la directrice et les parents, très vite, le ton monte… Mais ça veut dire quoi, « déter » ? « C’est quand on veut absolument parler. On dit qu’on estdéter”», explique une jeune fille après la représentation, d’excellente tenue, qui ouvre un débat entre le metteur en scène (Rémy Barché), les comédiens (Natalie Beder, Séphora Pondi, Samuel Réhault), les élèves et les représentants du Théâtre national de Strasbourg, qui ont organisé l’opération avec le Théâtre national de la Colline, à Paris, et la Comédie de Reims. Les trois théâtres ont commandé la pièce, et demandé à Rémy Barché de la présenter dans des lycées, souvent professionnels ou classés en ZEP (zones d’éducation prioritaires) de leurs trois villes, où ils mènent un travail, avec les élèves.

Déterminisme social, préjugés, violence

Selon les endroits, les réactions diffèrent. A Paris, où Déter a été jouée avant Reims et Strasbourg, c’est le déterminisme social qui était mis en avant par les lycéens, dans les débats. A Strasbourg, ce sont les préjugés et la violence. Un élève parle du racisme : dans la pièce, la directrice fait remarquer que l’enfant incriminé est « mat ». Une autre élève évoque un fait divers datant de quelques jours : dans le Haut-Rhin, un adolescent a tué un de ses camarades, dans un bus scolaire, avec une arme prise à son père.

Le vivre-ensemble qui est au cœur de la pièce, subtile, de Baptiste Amann, renvoie les élèves à leur quotidien. Mais ce n’est pas d’eux qu’ils parlent, par pudeur sans doute : ils préfèrent en rester aux personnages de Déter. Pour la plupart, les filles présentes se préparent au service à la personne, en plein développement, et les garçons, à la vente. Ils sont issus de différentes nationalités, ils vivent à Strasbourg ou dans la banlieue. Le théâtre leur offre un espace de réflexion et de parole bienvenu. Ils ont hâte, d’ailleurs, de connaître la suite de Déter, que l’auteur envisage d’écrire, et qui mettra en scène les parents de l’enfant incriminé, face à un psychologue. (Brigitte SALINO)

Article paru dans l’édition papier du 24/11/2015

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